PHILIPPE PORTIER « LA LOI DE 1905 EST UNE LOI DE LIBERTÉ »

Catégorie
REVUE DE PRESSE
Date
mardi 23 juin 2015

Pilier de la République, la loi de séparation des Eglises et de l’Etat a été fréquemment modifiée. Philippe Portier (1), spécialiste de l’histoire de la laïcité, explique pourquoi elle fait encore débat.

Pourquoi la loi de 1905 apparaît intouchable ?

Parce que c’est une loi de pacification par le droit, qui met un terme à la guerre des deux France. Elle fonde un vivre ensemble qui offre la possibilité à deux catégories de populations – croyants et non-croyants – de se retrouver dans la même nation, dans une «religion civile» partagée. Mais la sacralisation de la loi de 1905 s’est faite progressivement. Au moment de son adoption, et durant quelques années, il y a des oppositions des socialistes et des radicaux les plus anticléricaux. Pour eux, Briand et Jaurès [concepteurs de la loi, ndlr] ont beaucoup trop donné à l’Eglise. Ils souhaitent, pour leur part, la transformer pour mieux contrôler l’institution catholique. Les évêques, eux, considèrent encore en mars 1925 que les lois de laïcité sont «des violences». Pourtant, certains catholiques commencent à voir que la loi de 1905 a donné une liberté à l’Eglise. Même s’il y apporte des modifications, le régime de Vichy ne l’abroge pas. La sacralisation se met en place. En 1945, les évêques franchissent le pas, admettant la validité de la laïcité à condition qu’elle respecte la liberté religieuse.

Pourtant, elle a été régulièrement modifiée ?

Je compte une cinquantaine de modifications, au cours de trois grandes vagues : en 1907-1908, sous Vichy et sous la Ve République. Plus ou moins importantes, elles touchent par exemple à l’affectation des lieux de culte, aux congrégations religieuses ou aux financements…

Cette loi est-elle un frein à l’intégration de l’islam ?

La loi de 1905 est une loi de liberté. Dans le prolongement de celles des années 1880 sur la liberté de presse, de réunion, sur le divorce… Elle permet à l’islam, en tant que culte libre, de s’installer dans la société, offre un cadre juridique, permet de créer des aumôneries, et surtout de gérer soi-même ses affaires.

Reste des difficultés…

Les autorités musulmanes se disent confrontées à une situation d’inégalité. La loi de 1905, modifiée en 1907 et en 1908, favorise l’Eglise catholique. Celle-ci bénéficie d’un parc de lieux de cultes déjà existants en 1905, dont les frais d’entretien sont pris en charge par la collectivité. Ce qui n’est pas le cas, sauf à la marge, pour le culte musulman. Personne ne veut remettre en cause la loi. Mais les politiques s’interrogent sur le financement des cultes, notamment l’islam. Du côté de l’Etat, le «principe séparatiste» de la loi rend difficile le travail d’intégration plus ou moins forcé qu’il essaie de mettre en place depuis une quinzaine d’années. Par exemple, l’Etat ne peut guère contrôler les lieux de formation théologique ni rendre obligatoire la formation civique des imams, ni vraiment contrôler le financement des mosquées. La législation est très favorable à l’autorégulation. Quand ils veulent accompagner – ou contrôler – les religions, les pouvoirs successifs se sont heurtés à la loi de 1905, qui est un verrou… ou un gardien de la liberté.

(1) Co-auteur avec Céline Béraud de Métamorphoses catholiques, Maison des sciences de l’homme.

SOURCE

http://www.liberation.fr/societe/2015/06/21/philippe-portier-la-loi-de-1905-est-une-loi-de-liberte_1334292

 
 

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