PRÉSIDENTIELLE. RÉSEAUX SOCIAUX ET PROPAGANDE

Catégorie
REVUE DE PRESSE
Date
mardi 4 avril 2017

La compétition électorale est entrée dans sa dernière ligne droite. La tension va donc encore monter, et les esprits s'échauffer davantage.

Tout autant que dans les débats télévisés ou radiophoniques, que dans les meetings, dans les colonnes des grands journaux ou sur les marchés, la joute se déroule désormais sur les réseaux sociaux. Chacun, derrière son avatar, son profil Facebook, son compte Twitter ou autre, devient militant de « son » candidat, sans jamais rencontrer physiquement ses interlocuteurs.

On a constaté depuis longtemps que sur les forums du Web, où l'autre n'existe que virtuellement, les internautes « se lâchent » et sortent des conventions d'une conversation socialisée. Un mot sensible peut déclencher un torrent d'invectives ou donner prétexte à une diatribe qui n'a rien à voir avec le propos initial. Le ton est fréquemment péremptoire tandis que l'objectivité et le souci de fonder en raison ce que l'on affirme semblent oubliés. La posture est davantage celle de la propagande.

Aujourd'hui, sur les réseaux sociaux, les « disputes » politiques virent souvent à l'aigre ou au sarcasme. Souvent, on ne discute plus, on assène, on s'invective, on piétine en permanence la distinction entre les faits et les commentaires, on « balance » des « vérités » invérifiables, des « infos » sans sources, on patauge dans la rumeur.

Un débat en mal d'altérité

Or un débat civilisé requiert de ceux qui y participent une aptitude à penser contre eux-mêmes, à interroger leurs certitudes, à nuancer leurs propos. Il demande de reconnaître que le réel s'accommode de la différence des points de vue et même qu'il la suscite. Sa complexité exige de ne pas éliminer les contradictions et de penser en tension entre des polarités différentes. Les solutions ne se trouvent pas dans l'élimination des contradictions, mais dans leur articulation dynamique.

Ce qui se passe sur les réseaux sociaux traduit le recul de notre capacité à faire place à l'altérité. Il devient de plus en plus difficile de faire face à un autre qui n'est pas réductible à mon opinion et de considérer que cet autre n'est pas un ennemi, mais quelqu'un avec lequel il faut entrer en dialogue pour inventer ensemble l'avenir.

Des médecins qui traitent principalement les adolescents disent que nous sommes désormais devant des générations à qui leurs parents n'ont pas appris à vivre dans l'altérité, notamment parce qu'ils n'avaient plus d'outils pour cela, après s'être affranchis des grandes traditions religieuses et des « grands récits » de civilisation. Ils décrivent des environnements fusionnels, dans lesquels la contradiction devient insupportable pour ceux qui n'ont pas été initiés à l'altérité. Cela débouche sur des troubles du comportement : addiction, violence, fuite, dépression, parfois psychose...

Ce que décrivent ces médecins fait écho à ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Cela résonne également avec la montée de la peur de l'étranger et de la différence religieuse, de même qu'avec les difficultés observables dans les relations hommes-femmes, à différents endroits de la société - et pas seulement dans les banlieues. Nous sommes ainsi devant un faisceau de symptômes qui témoigne que nous sommes aujourd'hui devant une crise fondamentale du rapport à l'altérité et des modes d'initiation à vivre avec elle et par elle. Ce n'est certes pas l'objet des programmes politiques, mais c'est sans doute un véritable enjeu de l'avenir de la Cité.

Source : http://www.ouest-france.fr/debats/editorial/presidentielle-reseaux-sociaux-et-propagande-commentaire-4904763

 
 

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