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BANDE DESSINÉE : LES FILLES SE REBIFFENT

Catégorie
REVUE DE PRESSE
Date
mercredi 23 septembre 2015

Agacées par les stéréotypes sexistes véhiculés par les albums BD, les femmes scénaristes et dessinatrices du neuvième art entrent en résistance.

Stop aux préjugés misogynes dans la bande dessinée ! Tel est le credo du Collectif des créatrices de BD contre le sexisme, qui promeut, depuis la rentrée, un manifeste en faveur d'une avancée féministe du neuvième art. Une déclaration, signée à ce jour par près de 200 scénaristes et dessinatrices. Un texte en forme de charte qui agite les nombreux festivals BD organisés, cet automne, à travers l'Hexagone.

Une poignée d'"autrices"

À l'origine du mouvement ? Une poignée d'"autrices" (comme elles se désignent elles-mêmes) qui n'en peuvent plus du "machisme" ordinaire de ce petit monde éditorial. Un groupe emmené par Julie Maroh, 30 ans, auteur du roman graphique Le bleu est une couleur chaude (Glénat), primé au Festival d'Angoulême de 2011 et dont Abdellatif Kechiche a tiré La Vie d'Adèle. Mais aussi par Johanna Schipper, 48 ans, créatrice de la série pour la jeunesse Les Phosfées (Delcourt). Ou encore Jeanne Puchol, 58 ans, qui a signé, en 1998, un album éloquemment intitulé Excusez-moi d'être une fille (Casterman) dont Anne Baraou était la scénariste. Le noyau dur du collectif compte également la dessinatrice "rock" Tanxxx.

Les raisons de la colère

Le site du collectif a été mis en ligne le 8 septembre. Mais tout a réellement démarré au printemps dernier, lorsque Julie Maroh a été contactée par le Centre belge de la bande dessinée pour participer à une exposition collective intitulée La BD des filles. Lorsque la personne chargée du projet lui expose l'esprit de cette exposition, elle le fait en ces termes : "Nous ferons le tour de la production destinée aux filles (de 7 à 77 ans) : des albums pour fillettes aux romans graphiques en passant par les blogueuses mais aussi les BD pour accros au shopping."

À la lecture de ce court texte de présentation, la jeune femme s'étrangle. "Conçu ainsi, ce projet était accablant et misogyne", confie-t-elle à quelques amies. Là où le Centre belge de la bande dessinée (CBBD) souhaite benoîtement se pencher sur un courant éditorial et une niche "marketing", la jeune femme y voit surtout une nouvelle manifestation du sexisme ambiant. Elle adresse un e-mail à 70 collègues femmes oeuvrant dans la BD pour recueillir leur avis. Les retours l'époustouflent. La consternation est unanime. "L'idée d'un collectif émerge rapidement. Les signatures affluent, dépassant la barre des cent personnes en quelques jours", note Jeanne Puchol, également approchée pour participer à cette exposition.

Des revendications simples

Le CBBD a beau faire machine arrière (l'expo, initialement prévue à l'automne 2016, est remise sine die), le mouvement est lancé. Le "collectif" publie un manifeste où il dénonce les stéréotypes sexistes qui pullulent dans les albums pour enfants. "Les personnages principaux des albums publiés sont trop souvent des hommes. Plus de quarante ans après Mai 68, il reste encore très difficile d'imposer une héroïne à de nombreux éditeurs", note la scénariste Virginie Greiner, qui publie (avec Daphné Collignon) Avant l'heure du tigre chez Glénat. Un beau roman graphique où elle rend précisément hommage au rôle joué par Clara Malraux dans l'itinéraire de son illustre mari.

Sans remonter aux succès de La Semaine de Suzette ou de Bécassine, les ventes d'un album aussi audacieux que Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet, aux éditions Casterman (30 000 exemplaires écoulés à ce jour, NDLR), montrent pourtant qu'"il n'y a pas de barrière psychologique du côté du lecteur", insiste Virginie Greiner. Comme en témoigne aussi le très bel accueil réservé au dernier album publié par Pénélope Bagieu qui retrace la vie de la chanteuse Cass Elliot, la voix et l'âme des Mamas and Papas, emblématique groupe de rock des années 1960 (Gallimard BD).

Plus d'héroïnes

Le mouvement des créatrices de BD contre le sexisme n'en appelle pas seulement à davantage de personnages principaux féminins. Il critique aussi les "clichés" qui pullulent dans ce petit monde éditorial. "Nous appelons tous les acteurs de la chaîne du livre à prendre conscience de leur responsabilité dans la diffusion de supports narratifs à caractère sexiste et nous interviendrons à chaque fois qu'une situation attirera notre attention", énonce la charte. "Trop souvent, la maman des héros est femme au foyer quand le papa travaille", résume Virginie Greiner, pour qui le mot "féministe" n'est pas une insulte. "Le féminisme est la lutte pour l'égalité homme-femme dans nos sociétés, soit l'antisexisme, et nous voulons promouvoir une littérature plus égalitaire", insiste le collectif.

"Il y a 30 ans (en 1985, NDLR), nous avions protesté contre la multiplication de personnages féminins à gros seins qui réduisaient les femmes à une image hypersexuée dans la BD", note Jeanne Puchol. "Pour les 25 ans du Festival d'Angoulême, nous avions regretté que les scénaristes et dessinatrices soient moins souvent récompensées que les hommes, alors que cela fait longtemps qu'il y a de vrais talents féminins comme Claire Brétécher, Annie Goetzinger ou Florence Cestac", poursuit Jeanne Puchol, par ailleurs très investie contre les violences faites aux femmes.

Moins de clichés

La jeune génération qui émerge semble vouloir prendre à bras le corps un autre problème. "Le fait de se retrouver assignée à faire de la BD girly quand on est une femme", note Johanna Schipper. "Ou du moins de n'envisager le neuvième art que sous un angle genré", poursuit-elle. "Les journalistes me posent régulièrement des questions auxquelles ne font pas face nos collègues masculins. Comme si mon rythme hormonal avait une influence sur la conception que j'ai de mon métier ou de mes bandes dessinées !" note avec humour Julia Maroh. "Si nos confrères masculins sont interrogés sur un bouquin qui traite de la guerre, avec du sang et de la sueur, on ne va pas leur demander : Alors, vous aviez un pic de testostérone ? Ça vous a porté ?" plaisante-t-elle.

"La bande dessinée féminine n'est pas un genre narratif à part entière.  L'aventure, la science-fiction, le polar, le romantisme, l'autobiographie, l'humour, l'historique, la tragédie sont des genres narratifs que les femmes auteurs maîtrisent sans avoir à être renvoyées à leur sexe", insistent les membres du collectif. Elles promettent de le rappeler aux participants du festival BD de Saint-Malo, Quai des Bulles, du 23 au 25 octobre prochain. Et, partant de là, de mettre de l'animation dans toutes les manifestations liées de près ou de loin au neuvième art jusqu'à la grande fête de la bande dessinée à Angoulême, fin janvier 2016.

 

SOURCE : http://www.lepoint.fr/culture/bande-dessinee-les-filles-se-rebiffent-23-09-2015-1967204_3.php

 
 

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